Quitter ton emploi pour créer ton entreprise : quatre faits avant la démission

· Luciano Bullorsky
partir ou restercarrièredécisiondémissioncréer une entreprise

Quatre faits éclairent la décision de démissionner pour créer ton entreprise : ce que l'activité rapporte et dans quel sens ça va, des clients qui paient sans te rendre service, un contrat qui te laisse faire, et un retour vers un poste si ça s'arrête. Aucun fait manquant, à lui seul, n'exclut la démission. Un fait absent dit ce que tu ne sais pas encore. Tu peux souvent le regarder en restant salarié.

Rester salarié pendant que tu crées est une autre décision que partir. Si tu pars sans poste en vue, démissionner sans autre emploi traite ce cas. Si ce qui te retient est la peur plus que ces faits, peur de quitter ton emploi aide à séparer les deux.

Essayer sans démissionner

En France, le congé pour création ou reprise d'entreprise est ouvert par les articles L3142-105 et suivants du code du travail. Si tu crées ou reprends une entreprise, tu as droit, sous condition d'ancienneté, soit à un congé, soit à une période de travail à temps partiel. L'ancienneté acquise dans une autre entreprise du même groupe compte.

En Belgique, en Suisse et au Québec, le congé pour création d'entreprise et l'allocation chômage ne se règlent pas de la même façon : Belgique, Suisse, Québec.

À temps plein, il faut 24 mois d'ancienneté dans l'entreprise ou le groupe, sauf durée différente prévue par la convention ou l'accord. Tu adresses la demande au moins deux mois avant le départ, en précisant l'activité. Sans convention ni accord, le congé dure au plus un an, renouvelable une fois. L'employeur peut reporter ton départ jusqu'à six mois à compter de la demande. Dans une entreprise de moins de 300 salariés, il peut aussi refuser, après avis du comité social et économique, s'il estime que le départ nuirait à la bonne marche de l'entreprise. Sans réponse dans les trente jours, l'accord est acquis, et le congé n'est pas rémunéré, sauf disposition plus favorable (Service-Public, F2382).

Si tu choisis de revenir d'un congé à temps plein, tu en informes l'employeur au moins trois mois avant la fin, sauf date différente prévue par accord. Tu retrouves ton emploi précédent ou un emploi similaire, avec une rémunération au moins équivalente.

Si tu crées ou reprends une entreprise, l'employeur ne peut pas t'opposer une clause d'exclusivité pendant un an, même si le contrat ou la convention dit le contraire (article L1222-5 du code du travail). Cette règle ne couvre pas la clause d'exclusivité des voyageurs, représentants ou placiers. Tu restes soumis à l'obligation de loyauté. Si le congé est prolongé dans les cas des articles L3142-111, L3142-117 et L3142-119, l'année court jusqu'à la fin de la prolongation.

Une rupture conventionnelle est encore un autre chemin, pour un CDI. L'employeur et toi êtes d'accord. Ce n'est ni un licenciement ni une démission, et aucune des deux parties ne peut l'imposer. Elle ne se conclut pas pendant la période d'essai. Après, tu peux percevoir des indemnités de France Travail. Ce n'est pas le même chemin qu'une démission.

Ce que l'activité rapporte, et dans quel sens ça va

Regarde ce que le projet a rapporté chacun des derniers mois, après ses propres coûts. Un bon mois dit peu. Plusieurs mois d'affilée, et le sens dans lequel ils vont, disent plus.

Compare ensuite ce chiffre à ce dont tu as besoin pour vivre. La question n'est pas de savoir si l'activité gagne de l'argent, mais si elle en gagne assez, assez tôt, pour que tes économies couvrent l'écart. Si elle couvre un quart de tes dépenses du mois et que le chiffre ne bouge pas, démissionner lui donne plus de ton temps. Ça ne montre pas que le temps était ce qui manquait.

Des clients qui paient, pas des marques d'intérêt

L'intérêt coûte peu : des signes d'intérêt en ligne, des inscriptions, des gens qui disent qu'ils achèteraient. Un client qui paie, et qui t'a trouvé sans lien personnel, est plus difficile à obtenir et t'en dit plus. Demande-toi :

  • Combien de clients paient, et combien sont revenus ou ont renouvelé ?
  • Combien sont des inconnus, plutôt que des amis, de la famille ou d'anciens collègues ?
  • Un seul client fait-il l'essentiel des recettes ? Le perdre te ramènerait au début.

Une activité avec quelques inconnus qui paient, et quelques achats répétés, n'est pas au même endroit qu'une longue liste d'attente sans vente. Ni l'une ni l'autre ne te dit ce qui va se passer. La première a déjà montré que quelqu'un paie. La seconde, non.

Ce que ton contrat dit, pendant le poste et après

Avant de construire à côté, ou de démissionner pour exercer à ton compte, lis ton contrat de travail et les documents qu'il désigne. Pendant que tu es encore salarié, regarde ce qu'il dit d'un travail pour un autre, de l'usage du temps, du matériel, et des idées liées à l'activité de l'employeur. Ce que ces clauses valent dans ton cas se lit dans le contrat. La clause d'exclusivité, pendant l'année de la création ou de la reprise, suit l'article L1222-5.

Après la rupture, la question distincte est la clause de non-concurrence, si ton contrat en a une. Elle limite, après la rupture, des fonctions équivalentes chez un concurrent ou à ton compte. Elle n'est pas définie par la loi. La jurisprudence l'encadre. Elle est applicable seulement si elle est écrite dans le contrat, ou prévue dans la convention collective à la signature, si elle protège un intérêt légitime de l'employeur, et si elle ne t'empêche pas de trouver un emploi. Des critères cumulatifs s'y ajoutent : une limite dans le temps, une limite dans l'espace, une activité visée, et une contrepartie financière. S'il en manque un, la clause n'est pas valable.

L'ARE et l'Arce ne se comptent pas d'avance

En principe, une démission ne te permet pas de toucher l'allocation de retour à l'emploi (ARE). Dans certains cas, France Travail peut la traiter comme légitime. Un cas compte ici : ta démission peut devenir légitime si l'entreprise que tu crées ou reprends cesse son activité pour des raisons indépendantes de ta volonté. Il faut qu'elle soit enregistrée au guichet des formalités des entreprises, que tu ne te sois pas inscrit comme demandeur d'emploi après ta démission, et que tu remplisses les autres conditions de l'ARE (Service-Public, F89).

L'aide à la reprise ou à la création d'entreprise (Arce) ne s'ouvre pas parce que tu démissionnes pour créer. C'est un capital égal à 60 % des droits à l'ARE qui restent. Une participation de 3 % pour les retraites complémentaires est déduite de ce capital. La moitié est versée au début de l'activité. L'autre moitié suit six mois plus tard, si l'activité non salariée existe toujours et si tu n'es pas en CDI à temps plein. Tu la choisis à la place du cumul mensuel d'une partie de l'ARE avec tes revenus non salariés. Pour y prétendre, tu crées ou reprends une entreprise en France après la fin du contrat, tu bénéficies de l'ARE, et tu bénéficies de l'aide aux créateurs et repreneurs d'entreprise (Acre), l'exonération partielle de cotisations pendant un an. Sans droits à l'ARE, l'Arce n'a rien à verser. Avant de compter l'une ou l'autre dans les mois que couvrent tes économies, demande à France Travail.

Le retour vers un poste

La décision se pose mieux si tu sais ce qui se passe quand l'activité ne tient pas. Demande-toi :

  • Ton employeur actuel, ou ton métier, te reprendrait-il, et à quel niveau ?
  • Combien de temps une recherche dure-t-elle, dans ton métier, pour quelqu'un dans ta situation ?
  • Tes compétences restent-elles à jour pendant que tu mènes l'activité, ou vieillissent-elles ?

Ce que le marché te paierait si tu revenais, tu peux le tester avant de partir : parler à des recruteurs, ou regarder des postes auxquels tu postulerais. Regretter une démission et vouloir revenir (en anglais) décrit le retour vu de l'autre côté.

Trois versions, pas seulement la favorable

Écris trois versions de la période qui vient, sans fixer d'avance combien de temps chacune dure :

  • L'activité grandit. Les recettes couvrent tes dépenses, et tu ne voudrais pas le poste.
  • L'activité reste au même niveau. Elle paie une partie de tes coûts. Tu vis avec elle et tes économies pendant un moment, puis il te faut d'autres recettes ou un poste.
  • L'activité s'arrête. Tu reviens vers un poste. Le temps que ça prend, et le salaire, sont ce que tes économies doivent couvrir.

Si tu peux vivre le troisième cas, la décision porte sur le fait que le premier soit assez plausible pour être tenté. Si tu ne le peux pas, le plan repose sur le cas favorable. C'est aussi là qu'une baisse de salaire peut apparaître : certains prennent un temps partiel ou un poste moins payé pour laisser du temps à l'activité. Accepter une baisse de salaire traite cet échange.

Un exemple inventé

Un exemple inventé, avec des chiffres fictifs. Camille dépense 2 000 € par mois et a 18 000 € d'économies. Son activité, après ses coûts, a rapporté 400 €, 500 €, 450 € et 650 € sur les quatre derniers mois, avec cinq clients, dont trois qu'elle ne connaissait pas. Son contrat limite le travail pour un concurrent pendant le poste, et ne dit rien pour après.

Si elle démissionne et que l'activité reste autour de 500 €, elle couvre 1 500 € par mois avec ses économies, soit 12 mois. Si l'activité s'arrête, les économies couvrent 9 mois de dépenses, et elle a besoin de savoir si une recherche dans son métier tient dans ce délai. Les chiffres disent quoi regarder ensuite : si les recettes continuent d'avancer pendant quelques mois, alors qu'elle est encore salariée, et à quoi ressemblerait un retour dans son métier.

La position depuis laquelle tu décides

De l'intérieur, les recettes que tu vois déjà occupent toute la place. Ce qui t'échappe, c'est le retour vers un poste, et ce que tu garderais en restant salarié le temps d'essayer. La question concrète est de savoir si tes économies, le congé, et le cas échéant l'ARE, tiennent le scénario où l'activité s'arrête.

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Questions fréquentes

Faut-il démissionner pour créer son entreprise ?

Quatre faits éclairent la décision : ce que l'activité rapporte et si ce chiffre avance, si des clients qui ne sont pas des proches paient, ce que ton contrat dit d'un travail à côté et d'une activité concurrente, et comment tu retrouverais un poste si l'activité s'arrête. Aucun fait manquant, à lui seul, n'exclut la démission. Un fait absent dit ce que tu ne sais pas encore. Tu peux souvent le regarder en restant salarié.

Combien d'économies faut-il avant de démissionner pour créer son entreprise ?

Il n'y a pas de montant type. Calcule tes dépenses du mois, retire ce que l'activité rapporte de façon régulière, et vois combien de mois tes économies couvrent l'écart. Compare ce nombre au temps qu'une recherche dans ton métier prendrait si tu devais revenir à un poste. Si les économies s'épuisent avant, le plan repose sur une activité qui irait plus vite que ce que tu peux savoir aujourd'hui. En France, l'allocation de retour à l'emploi ne se compte dans ces mois que si ton dossier entre dans un cas que France Travail traite comme légitime. En principe, une démission n'ouvre pas ce droit. L'aide à la reprise ou à la création d'entreprise (Arce) ne le remplace pas : elle verse une partie de droits à l'ARE que tu as déjà.

Puis-je créer l'entreprise tout en restant salarié ?

Oui, et ce n'est pas la même décision que démissionner. En France, le congé pour création ou reprise d'entreprise en est une voie, à temps plein ou à temps partiel, sous conditions d'ancienneté et de délai. Pendant un an, une clause d'exclusivité ne peut pas t'être opposée, sauf pour les voyageurs, représentants ou placiers. Tu restes tenu à la loyauté envers ton employeur. La forme juridique, SASU ou autre, est encore une autre question.

Et si je démissionne et que l'activité s'arrête ?

La question devient comment tu retrouves un poste. Ça dépend de tes compétences, si elles sont restées à jour, des personnes de ton métier qui pourraient t'embaucher, et de la façon dont tu racontes cette période. Une activité qui n'a pas duré peut quand même se lire comme de l'expérience. Regarde le retour avant de démissionner.

QuickInsight est uniquement informatif. Ce n'est pas un conseil médical, juridique, financier ou un autre conseil réglementé. Si tu es en crise, demande d'abord de l'aide à une personne.

Sources

Consultées le 27 octobre 2026.