En France, un CDI ne ferme pas la reconversion. Il change l'ordre des démarches, et cet ordre décide de ce que tu gardes : un revenu pendant la formation, ou l'allocation d'aide au retour à l'emploi après une validation obtenue avant de partir. Trois voies existent. Elles ne se valent pas, et elles ne se choisissent pas selon l'envie de partir vite.
En Belgique, en Suisse ou au Québec, les règles diffèrent : vois ONEM, arbeit.swiss ou CNESST.
Voie 1 : rester salarié pendant la formation
Le projet de transition professionnelle permet de suivre une formation certifiante pour changer de métier ou de profession, en t'absentant de ton poste. Si la formation a lieu en tout ou partie sur ton temps de travail, tu bénéficies d'un congé spécifique. Le temps passé en congé de formation est assimilé à du temps de travail (Service-Public, projet de transition professionnelle, vérifié le 1er juin 2026 ; Code du travail, art. L6323-17-1).
Dans le cas général, l'ancienneté se lit à la date de départ en formation : 24 mois d'activité salariée, consécutifs ou non, dont 12 mois dans la même entreprise, quelle que soit la chaîne de contrats. L'autre branche, surtout utile en CDD, est de 24 mois sur les cinq dernières années, dont 4 mois en CDD sur les douze derniers mois (Code du travail, art. D6323-9 ; Service-Public, F14018).
L'article L6323-17-2 écarte cette ancienneté minimale pour le travailleur de l'article L5212-13, pour qui a changé d'emploi après un licenciement économique ou pour inaptitude sans formation entre le licenciement et le réemploi, et pour qui a eu, dans les 24 mois avant la demande, une absence pour maladie professionnelle ou une absence plus longue que celle du décret pour accident du travail, maladie ou accident non professionnel. Le décret D6323-9 fixe cette durée à au moins six mois, consécutifs ou non (Code du travail, art. L6323-17-2 ; art. D6323-9).
Deux accords distincts entrent ensuite. Tu déposes une demande de prise en charge auprès de la commission paritaire interprofessionnelle régionale, aussi appelée Transitions Pro, de ton lieu de résidence ou de travail. Et, pour une formation sur le temps de travail, tu adresses à l'employeur une demande écrite d'autorisation d'absence. Il a 30 jours calendaires pour répondre. Sans réponse dans ce délai, l'autorisation est tenue pour accordée. Il peut reporter le départ de 9 mois au plus, si ton absence nuit à la production et à la marche de l'entreprise. Selon l'effectif, il peut aussi différer le congé quand le nombre de salariés absents en même temps dépasse un plafond : un salarié à la fois en dessous de 100 salariés, 2 % à partir de 100 (Service-Public, F14018).
La rémunération, quand la formation est sur le temps de travail, est un pourcentage du salaire moyen de référence, calculé sur les 12 mois précédents en CDI. Si ce salaire moyen est inférieur ou égal à 2 Smic, soit 3 734,04 € (montant vérifié le 1er juin 2026), la rémunération du projet est égale à 100 % de ce salaire moyen. S'il est supérieur, elle est de 90 % quand le congé ne dépasse pas un an, ou 1 200 heures pour une formation fragmentée ou à temps partiel. Au-delà, elle est de 90 % la première année ou les 1 200 premières heures, puis de 60 %, sans descendre sous 3 734,04 €. Les congés payés et les primes restent dus, et la couverture sociale continue.
Tu peux aussi te former hors temps de travail avec le compte personnel de formation. Le compte personnel de formation, le bilan de compétences et le conseil en évolution professionnelle sont des noms d'outils. Ils ne choisissent pas la voie à ta place.
Voie 2 : démissionner après validation, pour l'ARE
La démission-reconversion est une démission qui peut être tenue pour légitime, donc ouvrir l'allocation, si les conditions sont toutes réunies. Au moment de la démission, tu es salarié en CDI de droit privé. Tu justifies d'au moins 1 300 jours travaillés dans les 60 derniers mois. Ces jours peuvent venir de plusieurs employeurs. Les congés sans solde, le sabbatique et les disponibilités ne comptent pas. Le projet est reconnu réel et sérieux par une association Transitions Pro avant la démission. Tu t'inscris comme demandeur d'emploi dans les 6 mois qui suivent la validation (Service-Public, F34991/5, vérifié le 1er avril 2025).
France Travail ajoute le pas d'avant : demander un conseil en évolution professionnelle avant de démissionner. Si tu le demandes après, le projet n'est pas recevable et tu n'ouvres pas l'allocation par cette voie. Le dispositif vise le CDI de droit privé, à temps plein ou partiel. Il ne vise pas la rupture d'un CDD ou d'un contrat de travail temporaire, ni l'agent public, ni le travailleur indépendant (France Travail, « Je veux démissionner et j'ai un projet de reconversion professionnelle »).
Si le projet est validé, tu peux démissionner. Si tu démissionnes avant la validation, tu ne bénéficies pas de l'allocation par cette voie. Le délai de 6 mois pour t'inscrire court à compter de la notification de la décision. Tu es alors indemnisé comme un autre demandeur d'emploi.
La démission elle-même suit le droit commun : l'employeur ne peut pas la refuser, et la durée du préavis vient de ta convention, de ton contrat ou des usages (Service-Public, F2883).
Hors démission légitime, deux voies viennent ensuite. Retravailler au moins 3 mois, soit 65 jours travaillés ou 455 heures. Ou demander à France Travail un réexamen après 121 jours de chômage. Si ce réexamen est accepté, le versement commence au plus tôt le 122e jour (Service-Public, F34991/2, vérifié le 1er avril 2025). Aucune des deux n'est automatique.
Voie 3 : proposer une rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle est un accord. L'employeur et toi fixez les conditions de la rupture. Elle exclut le licenciement et la démission, et aucune des deux parties ne peut l'imposer (Code du travail, art. L1237-11). Elle ne demande pas la validation Transitions Pro de la voie démission-reconversion. Elle figure parmi les privations involontaires d'emploi qui peuvent ouvrir l'allocation, si les autres conditions d'attribution sont remplies (Service-Public, F19030 ; Service-Public, F38881, vérifié le 23 juillet 2026). Si ton contrat prend fin à compter du 1er septembre 2026, la durée maximale de l'ARE après une rupture conventionnelle individuelle est de 15 mois si tu as moins de 55 ans à la fin du contrat, et de 20,5 mois si tu as 55 ans ou plus. Dans les DROM-COM, ces plafonds sont de 20 mois et de 30 mois.
Après la signature, chaque partie a 15 jours calendaires pour se rétracter, par lettre qui permet de s'assurer de la date de réception. Passé ce délai, la convention est envoyée à la DDETSPP pour homologation. L'administration a 15 jours ouvrables à compter du lendemain de la réception. Sans réponse dans ce délai, la convention est homologuée. La date de rupture ne peut pas être antérieure au lendemain de l'homologation. Il n'y a pas de préavis. L'indemnité spécifique est due quelle que soit l'ancienneté, et elle ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement ou à l'indemnité conventionnelle si celle-ci est plus favorable (Code du travail, art. L1237-13 ; Service-Public, F19030). Le salarié protégé ne suit pas cette homologation : il faut l'autorisation de l'inspecteur du travail, et le contrat ne se rompt pas avant le lendemain de cette autorisation (Code du travail, art. L1237-15).
Cette voie dépend de l'accord de l'employeur. Un refus ne se transforme pas en droit. Si la demande n'aboutit pas, il te reste les deux autres voies, avec leurs propres conditions.
L'erreur qui ferme la voie
Démissionner avant l'attestation de Transitions Pro ferme la démission-reconversion. Si tu démissionnes avant la validation, tu ne peux pas bénéficier de l'allocation chômage par ce dispositif. Demander le conseil en évolution professionnelle après la démission rend le projet irrecevable. Ce sont deux portes, dans cet ordre : le conseil, puis la validation, puis la lettre de démission.
L'autre erreur est d'attendre un accord de l'employeur pour cette démission. Il n'en faut pas. L'employeur ne peut pas refuser une démission claire. L'accord qui compte, pour l'allocation, est celui de Transitions Pro, pas le sien. L'autorisation d'absence, elle, concerne le projet de transition professionnelle sur le temps de travail, pas la démission.
Choisir selon ce que tu peux déjà justifier
Le choix suit trois questions, dans cet ordre.
Tu peux faire la formation en restant en poste, et la rémunération du projet couvre ce que tu dois tenir ? Demande la prise en charge et l'autorisation d'absence. Tu ne démissionnes pas pour obtenir un dispositif que le congé couvre déjà.
Le métier visé ne tient pas dans le contrat, tu es en CDI de droit privé, tu as les 1 300 jours, et tu peux attendre l'attestation ? Demande le conseil en évolution professionnelle, fais reconnaître le projet, puis démissionne. Inscription dans les 6 mois suivant la validation.
Tu n'as pas ce volume de travail, ou tu ne veux pas de cette validation, et l'employeur accepte de signer ? La rupture conventionnelle est la voie à proposer. S'il refuse, la démission spontanée ne recrée pas l'allocation.
Exemple inventé. Léa a huit ans de CDI de droit privé. Sa formation dure huit mois, sur son temps de travail. Son salaire moyen de référence est sous 2 Smic : elle touche 100 % de ce salaire moyen pendant le projet, si la commission prend en charge et si l'absence est autorisée. Elle reste salariée.
Exemple inventé. Marc a le même volume de jours, mais le métier visé demande une installation qu'il ne peut pas faire en poste. Il demande le conseil, obtient l'attestation de Transitions Pro, puis démissionne, et il s'inscrit dans les six mois. S'il envoie la démission la semaine d'avant l'attestation, cette voie d'allocation est fermée.
Exemple inventé. Inès n'a pas 1 300 jours, et aucune exception d'ancienneté du projet de transition ne la couvre. Elle peut proposer une rupture. L'employeur peut ne pas répondre. Ce silence ne se rattrape pas en démissionnant « pour le chômage ».
Avant de démissionner sans autre emploi, mesure ce que la réserve doit encore pouvoir refuser : Démissionner sans autre emploi. Si l'hésitation porte sur le départ lui-même, plutôt que sur la voie : Hésiter à quitter son emploi. Si tu crois que ton expérience ne vaut que dans ton métier actuel : Mon expérience compte pour un autre employeur.
La position depuis laquelle tu décides
Tu choisis la voie avec ce que tu peux déjà montrer : une ancienneté qui ouvre le congé, des jours travaillés qui ouvrent la démission indemnisée, ou un employeur qui signe. L'impatience ne remplace aucun de ces trois papiers. Le papier manquant se demande avant la lettre de démission, pas après.
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Questions fréquentes
Peut-on se reconvertir sans quitter son CDI ?
Oui. Le projet de transition professionnelle te laisse suivre une formation certifiante en restant salarié. Si elle a lieu sur ton temps de travail, tu demandes une autorisation d'absence et une rémunération est prévue, calculée sur ton salaire moyen de référence. La commission paritaire interprofessionnelle régionale doit prendre le projet en charge.
La démission pour reconversion ouvre-t-elle droit au chômage ?
Seulement si les conditions sont réunies au moment où tu démissionnes. Tu es en CDI de droit privé, tu justifies d'au moins 1 300 jours travaillés sur les 60 derniers mois, ton projet a été reconnu réel et sérieux par Transitions Pro avant la démission, et tu t'inscris à France Travail dans les 6 mois suivant cette validation. Le conseil en évolution professionnelle se demande avant la démission.
Faut-il demander une rupture conventionnelle pour se reconvertir ?
Non. Tu peux la proposer. Elle peut ouvrir l'allocation d'aide au retour à l'emploi comme privation involontaire d'emploi, sans validation préalable du projet. Aucune des deux parties ne peut l'imposer. Après la signature, chaque partie a 15 jours calendaires pour se rétracter, par lettre qui permet de s'assurer de la date de réception.
Que se passe-t-il si on démissionne avant la validation du projet ?
Tu n'ouvres pas l'allocation par la voie démission-reconversion. Transitions Pro doit valider le projet avant la démission. Une démission sans cette validation n'ouvre pas l'allocation, sauf si France Travail la reconnaît comme légitime pour un autre motif.
Quelle ancienneté minimale pour un projet de transition professionnelle ?
Dans le cas général, 24 mois d'activité salariée, consécutifs ou non, dont 12 mois dans l'entreprise, appréciés à la date de départ en formation. L'autre branche du cas général est 24 mois sur les cinq dernières années, dont 4 mois en CDD sur les douze derniers mois. L'article L6323-17-2 écarte ce minimum dans les cas qu'il liste. Le décret D6323-9 fixe à au moins six mois, consécutifs ou non, l'absence pour accident du travail, maladie ou accident non professionnel qui écarte cette ancienneté.
QuickInsight est uniquement informatif. Ce n'est pas un conseil médical, juridique, financier ou un autre conseil réglementé. Si tu es en crise, demande d'abord de l'aide à une personne.
Sources
Consultées le 26 octobre 2026. Les règles changent : relis la fiche avant d'agir.
- Service-Public, projet de transition professionnelle, vérifié le 1er juin 2026
- Code du travail, art. L6323-17-1
- Code du travail, art. L6323-17-2
- Code du travail, art. D6323-9
- Code du travail, art. L1237-11
- Code du travail, art. L1237-15
- Service-Public, démission non légitime et réexamen, F34991/2, vérifié le 1er avril 2025
- Service-Public, démission pour reconversion, F34991/5, vérifié le 1er avril 2025
- France Travail, démission et projet de reconversion
- Service-Public, démission d'un salarié, F2883, vérifié le 8 juillet 2026
- Code du travail, art. L1237-1
- Code du travail, art. L1237-13
- Service-Public, rupture conventionnelle, F19030
- Service-Public, allocation d'aide au retour à l'emploi, F38881, vérifié le 23 juillet 2026